Apprendre l’arabe aux tout-petits


Une méthode pour apprendre la langue arabe à nos enfants : la méthode Dannan.

Qui parle l’arabe littéral* aujourd’hui ? Des journalistes ? Des présentateurs de JT ? Des savants de l’Islam ? Quelques gouverneurs bien inspirés ?

Qui d’autre ?

Qui, parmi les millions de personnes qui peuplent le monde arabe, parle el ‘arabiya-l-fus-ha au quotidien attablé devant son dîner, discutant avec son voisin ou achetant son billet de bus ?

Les dialectes arabes khaliji (du Golfe), ceux du Nîl, ceux du Sahara, les dialectes maghrébins, l’arabe du Proche-Orient, etc. tous sont utilisés au quotidien par des millions de personnes oralement.

Mais quid de l’écrit et surtout de l’entrée dans l’écrit  en arabe littéraire que nous enseignons tant bien que mal à nos enfants ? Je dis « tant bien que mal » car, au final, de l’instituteur à l’universitaire en passant par l’employé de bureau ou l’avocat, tous éprouvent des difficultés à s’exprimer strictement en langue arabe classique (ou moderne) malgré leurs années passés sur les bancs de l’école. Il n’existe aucun lieu, activité, évènement qui permette de parler la langue arabe exclusivement entre arabophones. Aucun ! Qu’il s’agisse d’une réunion d’affaires, d’un évènement religieux ou même de discussions à propos des discours dictatoriaux présidentiels récents (pourtant prononcés en arabe classique), tout cela se fait (ou dans le meilleur des cas, finit) par l’utilisation d’un dialecte. Comment se passe une discussion entre un Egyptien arabe et un Algérien alors ? Eh bien, l’Egyptien parle son propre derija, son propre dialecte arabe quoi, et l’Algérien lui répond en dialecte algérien. Tout « simplement ».

Non, pas si simple justement. Forcément, cet état de fait a une incidence sur la formation linguistique des enfants qui, vers l’âge de 6 ans, découvrent un nouveau monde : le monde de l’arabe classique. Et là, c’est le chamboulement le plus total. Dans la compréhension de l’écrit évidemment, mais aussi dans la prononciation et donc dans le développement des capacités d’élocution.

Ainsi un élève égyptien découvrira que le /g/ égyptien comme garçon doit devenir un /ʒ/ comme jouet ** et le mot paradis en arabe classique passera de « guenna » à « jenna« . Un vrai fossé se créé alors entre le monde de l’enfant tel qu’il le concevait jusqu’alors et ce nouveau monde, celui de l’écrit, celui des livres, celui des journaux.

Un homme pourtant, le Docteur Abdallah Dannan, éminent professeur de langue arabe d’origine palestinienne, a travaillé sur cette problématique durant plusieurs années et a expérimenté une méthode très simple sur des centaines d’enfants en se basant sur le fait que dès son plus jeune âge l’enfant peut assimiler plusieurs langues en même temps sous la condition unique que celles-ci ne soient pas le fruit d’un mélange de la part du ou des interlocuteurs. A chaque personne faisant partie du quotidien de l’enfant, doit donc correspondre une et une seule langue qui doit être pratiquée de façon parfaite par celle-ci.

En 1977, le Docteur Dannan a expérimenté avec succès cette technique auprès de ses propres enfants d’abord en leur parlant exclusivement en arabe classique tandis que son épouse employait uniquement le dialecte syrien. Devant les étonnants résultats obtenus avec son fils et sa fille et leur excellent niveau d’arabe classique, il décida d’étendre ses trouvailles à une classe de maternelle. Il se rendit rapidement compte d’un obstacle majeur : les difficultés des institutrices à parler de façon fluide en arabe classique avec leurs élèves.

Il élabora alors un programme spécial de formation de 50 heures en 15 jours qui s’adresse à toute personne ayant un niveau bac en arabe et désirant pratiquer l’arabe classique de façon excellente. Plusieurs écoles maternelles ont alors expérimenté cette méthode au Koweït, en Syrie, dans le Sultanat d’Oman, etc. Le Docteur Dannan a ainsi formé plus de 1000 enseignants dans plusieurs pays arabes dont les Ministère de  l’Education nationale, ont parfois généralisé la méthode à l’ensemble de leurs écoles publiques, de la maternelle au collège.

Nous, mamans et papas soucieux de l’éducation et de l’instruction de nos enfants, pouvons parfaitement appliquer cela en France ou dans d’autres pays. Un Français, Abou Mouadh, qui a suivi la formation du Docteur Dannan l’an passé, nous y enjoint avec beaucoup d’enthousiasme. Il recommande l’emploi de cette méthode dans nos foyers comme dans les structures éducatives privées qui voient le jour en grand nombre depuis 2004 afin de faire émerger les premières écoles totalement bilingues arabe-français.

Ainsi, et dès le plus jeune âge, le principe simple de 1 interlocuteur = 1 langue permettrait à l’enfant d’accéder au bilinguisme tout en validant les objectifs de l’école maternelle. Dans une école, il s’agirait alors de diviser la journée en deux parties en consacrant par exemple la matinée entière à l’arabe (avec des professeurs qualifiés en arabe littéral) et l’après-midi en français.

Voici quelques recommandations d’Abou Mouadh :

Entendons-nous bien : il ne s’agit en aucun cas d’enseigner quoique ce soit, il est juste question de communiquer avec les enfants dans deux langues différentes et à deux moments distincts de la journée. Les activités, les connaissances, et la pédagogie dictées par l’éducation nationale doivent rester les mêmes.

[…]

Pour résumer, il ne s’agit pas d’enseigner une 2e langue mais de conduire à parité horaire l’enseignement dans la langue choisie en s’appuyant sur l’activité réelle de l’élève de manière à lui apprendre la langue de façon naturelle et directe selon des procédures comparables à celle de l’apprentissage de sa langue maternelle.

Je me suis rendu moi-même durant la dernière semaine du mois de mars 2010 à Damas pour rencontrer Abdellah Dannan avec qui j’ai longuement discuté à ce sujet. J’ai pu filmer et observer attentivement des dizaines d’enfants pratiquer  l’arabe classique de manière naturelle, ce qui m’a agréablement surpris.

Dès mon retour en France, et sous les recommandations du professeur, je me suis mis à appliquer sa méthode avec mes deux enfants : Mouadh qui avait presque 4 ans et Safiya, 3 ans. Diplômé en langue arabe de l’université d’Aix en Provence, j’ai décidé de leur parler strictement en langue arabe classique en mettant en évidence les terminaisons de chaque mot que je prononce. Je n’ai pas attendu longtemps avant d’en voir les résultats. Au bout de quelques jours, mes enfants ont tenté rapidement d’imiter chacune des constructions de phrase que j’utilisais et ont réussi à assimiler pas mal de vocabulaire. Je m’appuie aussi sur plusieurs dessins animés en arabe et des dizaines d’histoires rédigées en arabe et dédiées aux enfants que j’ai pu me procurer durant mon voyage en Syrie.

Aujourd’hui, 6 mois plus tard, le résultat est plus que probant. Mes deux enfants wa Alhamdulilah, s’expriment facilement en arabe littéral, et ne m’interpellent qu’en arabe.

Mon épouse, quand à elle, continue de leur parler en français.


Voici encore ses 7 conseils pour y arriver en toute sérénité 🙂  :

1. Ne paniquez pas si votre enfant dit qu’il ne comprend rien à ce que vous lui dîtes. Cela viendra progressivement.

2. Ne forcez pas votre enfant à parler en arabe. Comme pour sa langue maternelle, il le fera de lui-même, quand il en aura besoin ou envie.

3. Soyez patients. Si votre enfant est monolingue lors de son entrée à l’école, il ne sera pas bilingue du jour au lendemain. Au bout d’une année, il commencera à comprendre l’arabe, mais ne le parlera peut-être pas encore.

4. Ne soyez pas inquiets si votre enfant fait des erreurs ou mélange 2 langues dans la même phrase : petit à petit, les enfants recadreront leur vocabulaire dans chaque langue.

5. Soyez rassurés. Une formation bilingue bien conduite ne perturbera pas votre enfant, mais contribuera à son épanouissement.

6. Une attitude positive et d’encouragement de la part des parents s’avère par contre extrêmement utile.

7. Assurez votre propre formation et information sur le bilinguisme. Votre motivation, votre attitude positive pour le projet bilingue est indispensable. Si vous avez des doutes, levez-les en vous informant.


Si vous êtes arabophones, vous pouvez consulter l’entretien réalisé par la chaine Majd avec le professeur Abdellah Dannan. 77 minutes durant lesquelles il explique sa méthode dans le détail :


(clic !) VIDEO ARABE LITTERAIRE – METHODE DANNAN

Vous pouvez également rejoindre la page Facebook qu’Abou Mouadh a dédiée à ce sujet, plusieurs vidéos d’enfants qui pratiquent l’arabe de manière aisée grâce à la méthode Dannan parmi elles celles que j’ai filmées moi même en me rendant à Damas. Vous trouverez d’ailleurs la vidéo du fils de Dannan à l’âge de 3 ans:

(clic !) Groupe Facebook – Arabe littéral – Méthode Dannan

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*L’arabe classique et l’arabe standard moderne constituent ensemble l’arabe littéral. La diglossie de la langue arabe fournit en effet deux registres de langue, l’arabe littéral et l’arabe dialectal. L’arabe classique évolue au fil du temps en arabe précoranique, arabe coranique, et arabe post-coranique auquel est parfois réservé l’appellation « arabe classique ».

** selon le tableau phonétique de l’API

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